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Cambodge

Cambodge 

 

Brulant, bruyant, éprouvant

 

Au moment d’écrire cet article c’est la page blanche. Je ne sais pas par où commencer. 

J’avais bien écris un premier article pensant en faire 2 sur notre traversée du Cambodge, mais le premier était plus que déprimant et j’espérais que le second soit plus positif. Pas du tout le cas malheureusement. Je ne ferai donc qu’un seul article sur le Cambodge puisque nos 2 dernières semaines ne sont ni plus ni moins qu’un copier-coller des 2 premières. 

Alors quand on ne sait pas par où commencer, on commence par le début, non?

C’est donc à la frontière de Ban Pak Kad que nous arrivons. Les formalités pour sortir de Thaïlande sont rapides et claires. Il y a un peu de monde mais ça va tout de même très vite. Puis, on se dirige au bureau des visas pour le Cambodge. On se voit offrir des bananes et de l’eau en plus de la facture salée pour nos 4 visas. On va se délester de 35$ par personne. Bon, paraît que c’est le tarif officiel depuis 5 ans pour nous autres suisses, dixit le monsieur derrière le guichet. Alors, comme je n’avais pas trouvé ce fameux tarifs mais uniquement des chiffres officieux allant de 17 à 45 dollars, je me dis que ça doit être plus ou moins correct d’autant plus qu’on ne nous a rien demandé pour les tampons d’entrée qui sont généralement sujet à corruption. 

 

Mais l’ambiance générale est tout de suite pesante. Un poids s’installe sur nos épaules et tous les 4 ressentons comme une envie de faire demi-tour le plus vite possible. On s’accroche et on se dit que ça ira mieux demain. Mais avant de vivre demain, vivons déjà aujourd’hui. On s’arrête pour un pique-nique dans cette petite ville frontalière où les faux billets de 10 dollars couvrent le sol ainsi que des tonnes de plastique. Les casinos se suivent le long de la route dans la grisaille des bâtiments en béton et des mines déconfites qui en ressortent les pochent vides. 

Un petit stop proche d’un temple où nous trouvons des bancs ombragés pour manger les bananes et les jus qu’on nous a offert ces derniers jours. On les partage avec 3 enfants qui viennent à notre rencontre. Mais on sera surpris lorsqu’on les voit jeter par terre leurs petits berlingots vides. Et en même temps, vu tous les détritus qui traînent, ça n’est pas étonnant. Mais c’est le geste qui choque alors que nous sommes en train plier soigneusement nos papiers pour les ranger dans notre poubelle pendue au guidon. On comprendra plus tard qu’il n’y finalement pas si longtemps, tout était emballé dans des feuilles de bananiers, jetées parterre ça ne posait pas de problème. Puis, le plastique est arrivé, mais le geste est resté…

 

Les premiers jours nous pensons faire comme en Thaïlande et installer notre bivouac dans des pagodes. On va vite déchanter en se rendant compte que leur fonctionnement et bien différent. Ici, les pagodes regorgent de jeunes enfants moines. On les a très souvent vu seuls, parfois encadrés par des moines leur enseignant le pali, la langue de Bouddha. Être étudiant moine offre la possibilité à ces enfants, provenant souvent de milieux défavorisés, d’avoir accès à l’école. Mais on se questionne lorsqu’un jeune moine vient vers nous et commence à jouer à un jeu de guerre sur son téléphone portable dernier cri: Est-ce véritablement le bon message de Bouddha?!

Les pagodes des régions rurales accueillent beaucoup de personnes dans le besoin la nuit venue, sans abris mais aussi bien trop souvent alcoolisées ou sous l’emprise de drogues. D’ailleurs, on ne nous laisse jamais dormir sous tente, mais à chaque fois on nous propose une pièce fermée et on nous en donne la clé! Les enfants sont mal à l’aise, nous aussi. On décide alors de ne dormir qu’en guesthouse.

 

Mais s’il y a une constante dans ce voyage à travers le Cambodge, c’est la circulation difficile. Nos tympans sont au bord de l’explosion, constamment agressés par les klaxons des véhicules qui nous dépassent, et même si on a envie de croire à une bonne intention de la part des chauffeurs (chauffards!?) nous prévenant d’un dépassement, ce n’est pas du tout ce que nous ressentons mais plutôt le: « Dégage, je passe! » 

On a peur pour nous, mais aussi pour les enfants qui accourent sur le bord des routes lorsqu’ils nous voient arriver pour nous crier des « Hello » plein de sympathie alors que le camion derrière nous nous dépasse en même temps qu’une voiture arrive en sens inverse. Dois-je préciser que la route est étroite?!

Combien de fois je me suis fâchée, hurlant sur ces chauffards à en avoir la gorge irritée. Jusqu’à me mettre en travers de la route arrêtant un minibus, lui montrant la ribambelle d’écoliers venu nous saluer et le priant de ralentir devant les écoles et les villages. 

Il y a une silhouette que nous avons malheureusement trop souvent vue sur les routes du Cambodge, c’est celle d’un corps dessiné à la craie, étendu sur la route.

 

Alors avec tout ça, comment nous sentir bien? Toutes ces émotions et énergies négatives que nous ressentons et accumulons finissent par s’extérioriser. On a beau essayer de voir le positif et nous protéger en mettant une bulle d’amour et de protection autour de nous, c’en est trop. C’est Lohan qui commence par être malade à Noël, 6 jours de maladie dont 2 jours d’hospitalisation à cause d’une bactérie.

Une hospitalisation dans des conditions difficiles. Mais nous sommes privilégiés, nous avons un lit dans un petit sasse de 6m2 qu’on peut fermer. Si la taie d’oreiller sent la lessive, ce n’est pas le cas de la housse du matelas plus que défraîchie ni de l’odeur ambiante. Une odeur de bouffe qui se mélange à l’ammoniac des WC foutus et aux égouts qui passent entre les 2 bâtiments de la clinique. Les portes restant ouvertes jours et nuits avec des rats qui se baladent naturellement au milieu de tout ça et des cafards qui se promènent entre les jeunes patients dormant sur des matelas à même le sol.

L’hygiène du personnel soignant est une utopie. Pas de savon, pas de désinfectant. Je dois insister pour avoir du matériel stérile. Et dans l’espace entre les deux bâtiments, une vulgaire baignoire-à-tout-faire qui sert à la fois de douche pour les enfants, de rince serpillères pour les femmes de ménage, et de coin lessive et vaisselle pour les parents. 

On nous regarde avec de grands yeux lorsque nous allons nous brosser les dents ou encore nous laver les mains avec de la poudre à lessive en lieu et place du savon, c’est tout ce qu’il y aux toilettes. Ça brûle les doigts les premières fois mais on finit par s’y habituer. L’attraction du jour, ce petit garçon blanc qui lui aussi est malade, branché a une perfusion pour le réhydrater, comme tous ici. On partage la fatigue, les visages fanés et épuisés des parents qui se croisent à la fontaine à eau avec toujours un sourire, tout ce qu’on a pour communiquer, mais pas besoin de plus! Des sourires de coeur à coeur partageant la même inquiétude et demandant le même réconfort. Et des sourires quand on croise le petit voisin une perf en moins, avec maman le baluchon sur l’épaule, qui s’en vont. « Il va mieux, se sera nous demain, promis! » 

Heureusement, cette première quinzaine a aussi vu des jours meilleurs. 

Sur notre route pour Siem Reap on fait une belle rencontre - un jeune tailleur de pierre formé par l’association des Artisans d’Angkor qui forme des jeunes des milieux défavorisés aux métiers de l’artisanat local. Il travaille avec précision sur une sculpture de plus de 2 mètres de hauteur, un mois de travail pour la sculpter.

 

 

Nous avons aussi visité les temples d’Angkor, un site extraordinaire. On aurait aimer y déambuler pendant des jours, prendre plus de temps pour contempler tous ces arbres enroulant de leurs racines ces vielles pierres datant d’un autre âge. Des couloirs et des passages sans fin qui laissent libre cours à notre imagination. Un spectacle grandiose d’une nature qui prend le dessus sur des constructions exceptionnelles.

 

On espère mieux débuter l’année 2019, nouvelle année, nouvelle énergie. Et bien non, pas franchement. Même combat sur les routes. Même sentiment d’avoir un $ tatoué sur le front. 

Mais on trouve des guesthouse sympas. C’est l’occasion d’échanger avec d’autres cyclotouristes et backpackers. De tremper nos pieds dans le Mékong. De voir que certains cambodgiens qui ont réussi dans la vie, choisissent de tout réinvestir dans un projet d’école pour les enfants. On prend le temps de vadrouiller sur les îles du Mékong qui sont calmes et charmantes. Des instants de quiétude qui nous font du bien.

En arrivant à Kratie, on part pour un tour en barque voir les dauphins d’eau douce du Mékong. Un moment magique et apaisant. Une chance incroyable de les voir, eux qui sont menacés à cause de la pollution du Mékong. Trop de pesticides et de mercure qui les tuent à petit feu.

 

Puis, c’est à nouveau Lohan qui est malade et qui chauffe énormément. Et je m’y mets moi aussi, une fièvre intense, comme une façon de brûler toutes les énergies négatives emmagasinées ces dernières semaines. On craint la dengue et nous allons voir un médecin. 2ème visite d’un hôpital pour Lohan, mais au moins celui-ci est plus propre. Une prise de sang plus tard, la dengue est écartée, c’est un autre virus qui nous perturbe. 

On reste donc à Kratie jusqu’au dernier jour de notre visa histoire de reprendre des forces et on fait en mini-van la dernière ligne droite qui va jusqu’à la frontière et qui passe à travers des paysages brûlés.

 

Et maintenant direction les 4000 îles au Laos! Un passage de frontière « Girl power! » Et des retrouvailles avec les grands-parents. On attend le chocolat avec impatience… les grands-parents aussi!!! 

Le Cambodge en images

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